Déchets au Bénin: le problème stratégique

Déchets au Bénin: le problème stratégique

La quantité de déchets augmente globalement à un rythme alarmant et la croissance attendue de la population mondiale à 9 milliards d’ici 2050 représente une menace immense pour la société à l’environnement. L’émergence d’une classe moyenne dans les pays en développement aggrave la situation. L’OCDE a estimé que leur nombre passera de 1,8 milliard en 2009 à 4,9 en 2030. Le rôle de cette classe moyenne dans la croissance économique, mais aussi dans la consommation de biens et de services deviendra prédominante.

Le modèle actuel de consommation est souvent limité à  » Prendre – Produire – Jeter « . L’élimination des déchets est considérée comme étant la dernière étape de notre chaîne de valeur et son impact sur la société, l’environnement et l’économie est largement sous-estimé. Le système cherche à améliorer la situation actuelle plutôt que de penser à une autre solution pour satisfaire les besoins réels. La gestion des déchets est généralement considérée du point de vue local uniquement, mais dépend surtout de phénomènes sociaux et culturels qui traversent les frontières des communautés naturelles.

Les problèmes posés par les déchets dans les pays en développement comme le Bénin sont multiples et augmentent la vulnérabilité de la population, les classes les plus défavorisées tout particulièrement. Les dommages causés aux vies humaines et de l’environnement sont permanents. Le manque de compréhension en ce qui concerne la complexité et les défis résultant de la production, l’accumulation et la mauvaise gestion des déchets est la principale raison pour laquelle les gouvernements relèguent son importance derrière la priorité pour le développement de l’économie du pays.

Il est donc indispensable de repenser ce problème d’une manière plus complète en le repositionnant dans un cadre coordonné et intégré, qui assure la pérennité des initiatives futures. Surtout que les défis techniques, financiers, environnementaux et institutionnels sont énormes.

Avec l’augmentation de la population mondiale, sa durée de vie et l’émergence d’une classe qui va jouer un rôle dominant dans notre modèle de consommation, nous sommes confrontés à une crise majeure avec la quantité de déchets que nous produisons et la façon dont nous les gérons globalement. Matières plastiques, métaux et autres substances toxiques sont présentes dans tous les consommables et exigent des moyens plus sophistiqués et coûteux pour s’en débarasser.

Malgré les ressources financières et industrielles que les pays les plus riches ont à leur disposition, seule une quantité limitée de nos déchets est traitée localement. Le reste est «exporté» vers les régions les plus pauvres de la planète. En outre, ces mêmes pays souffrent de la transition rapide des déchets organiques aux plus industrialisés, sans les ressources financières et les moyens techniques pour faire face à ce défi majeur.

Depuis 1987, la République du Bénin a adopté plusieurs lois et décrets nationaux avec l’objectif d’assainir le cadre de vie et de travail des communautés. Il a déjà mis en œuvre des actions en partenariat avec des organisations actives dans le secteur de la gestion des déchets. Le coût de la mise en œuvre d’un système complet qui optimise la collecte des déchets et favorise une meilleure utilisation des mécanismes de recyclage est évalué à plus d’un demi-milliard d’euros répartis sur vingt-cinq ans. Le succès dépend aussi de la capacité du gouvernement à mettre en place un cadre institutionnel et réglementaire efficace, ainsi que la gestion des multiples flux impliqués dans un cycle de vie rationnel des déchets. Le gouvernement ne peut s’attaquer à ce défi immense qu’avec des partenariats privés qui apporteront des solutions innovantes pour réduire au minimum les coûts environnementaux et sanitaires sur le court, moyen et long terme.

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              Photo prise à Cotonou (Lagune) en Septembre 2015

Il y a une augmentation de la prise de conscience autour de la gestion des déchets dans les pays développés et en développement, mais la question est encore posée principalement sous l’angle de l’environnement et néglige les interactions sociales et économiques. Nous pouvons et nous devons transformer le problème en une opportunité pour la durabilité. Il ne faut plus regarder les déchets comme un coût inévitable, mais comme une ressource à exploiter par l’industrie et l’agriculture.

  • Les déchets ont un impact sur l’environnement dans son ensemble et créent des risques pour l’humanité avec des centaines de milliers de décès par an causés uniquement par son effet sur l’eau.
  • Les autorités locales et les contribuables financent en grande partie la gestion des déchets, en mettant le fardeau principalement sur les communautés et non pas sur les entreprises qui font des profits sur la collecte et l’élimination des déchets dans les décharges.
  • La plupart des déchets a une valeur et peuvent être considérés comme une ressource précieuse. La base d’une économie « Zéro Déchet » existe, mais n’est pas efficace, en grande partie en raison de ses activités de mise en œuvre et de recyclage coûteuses.
  • La mauvaise gestion des déchets est un obstacle au développement économique. Il est difficile de concevoir que le secteur public est seul responsable de la gestion des déchets et des coûts supposés alors que le secteur privé est en charge des opérations et absorbe les profits générés.
  • Les gens, les ménages et les entreprises sont les seuls à contribuer au processus du cycle de vie des déchets, mais ne sont pas des acteurs responsables en général. Les normes sociales et culturelles varient d’un pays à l’autre et l’éducation est le principal moteur du changement nécessaire dans la mentalité collective.

Fédérer les acteurs, à savoir l’Etat, les autorités locales, la population, les collecteurs, les industries et les entreprises, autour d’un objectif commun. Un moyen pour atteindre cet objectif est de transformer les déchets en ressources. Nous pouvons adopter un nouveau paradigme qui peut créer des opportunités, générant des revenus pour les plus pauvres, plus d’emplois spécialisés. Ce qui permet aussi d’orienter les dépenses publiques dans d’autres directions telles que l’éducation et la santé, et la réutilisation de nos ressources naturelles grâce à un processus de recyclage plus efficace. Notre projet de gestion des déchets doit être l’occasion pour le gouvernement de réaliser ses programmes, tout en misant sur les outils juridiques, réglementaires, organisationnels, techniques, économiques et financiers pour la plupart déjà existants.

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Par Mark E Giannelli, Avril 2016

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